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A la découverte du design du restaurant Bambou

Rencontre avec Clémence et Clément Goutal, duo talentueux de designers derrière Bambou !

Transformer un lieu est un défi compliqué. Y créer la bonne atmosphère, un art. La magie n’apparait jamais… par magie. Le restaurant parisien “Bambou“ est l’oeuvre de Clémence et Clément Goutal, duo talentueux de designers. Aussi envoûtant que dépaysant, le décor de ce thaïlandais transporte dans un univers vaporeux où les continents et les époques se mêlent. De l’histoire qu’ils ont écrit aux choix concrets pour aménager chaque espace, nous leurs avons demandé de décrypter le “Bambou” et de nous en dévoiler tous ses secrets.

Bim : De la peinture décorative de vos débuts au design de restaurants de maintenant, il y a un monde. Pourquoi cette évolution vous a semblé si naturelle ?
Clémence et Clément : En réalité la transition n’a pas été aussi brutale qu’elle n’y paraît et nous avons toujours pratiqué ces 2 activités en parallèle.  Dans un premier temps le dessin et la peinture nous ont permis d’exprimer plus librement nos envies avec des décors représentant d’ailleurs souvent des intérieurs de maisons, des théâtres à l’italienne, on s’amusait beaucoup à peindre des univers sans trop de contraintes de la part de nos clients. Mais notre passion commune pour l’architecture et la formation d’architecte d’intérieur de Clémence nous amenaient régulièrement à accepter des missions pour rénover des appartements ou des maisons. L’équilibre s’est fait grâce aux projets de restaurants où nous avons retrouvé la liberté de créer des univers complets et à la rencontre avec Laurent Vialle notre ami et associé architecte avec qui nous réalisons tous nos projets.

Bim : L’illusion garde-t-elle une place clé dans vos projets ?
C&C : Oui, l’illusion permet la surprise, nous l’amenons quand cela est possible par petites touches, avec une porte dérobée par exemple ou une fausse cheminée à la manière des vieux châteaux !

Bim : Le désir de “raconter une histoire”… ça semble être un élément essentiel pour comprendre votre travail.
C&C : Effectivement, nous recherchons toujours un fil conducteur, non pas pour inventer coûte que coûte une histoire factice mais plutôt pour obtenir au final une cohérence dans notre projet. C’est un outil de travail qui nous oriente dans le développement de nos idées mais que chacun interprète ensuite comme bon lui semble.

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“L’illusion permet la surprise, nous l’amenons quand cela est possible par petites touches.”

Bim : Quelle est l’histoire que vous avez voulu écrire avec “Bambou” ? 
C&C : Au Bambou, le point de départ de notre réflexion a été la cuisine Thaï voulue par les propriétaires. Nous souhaitions retrouver des codes de l’Asie, réels ou fantasmés, mais implantés et remodelés dans un lieu très parisien.

Bim : Quelle influence, l’endroit en lui-même (quartier, luminosité et volumes), a-t-il eu sur vos recherches et vos premières pistes ? 
C&C : Le quartier du Sentier est particulièrement inspirant, il a une histoire riche et très ancienne, mais il a surtout été profondément remodelé au 19e siècle pour être adapté au développement d’ateliers et de grands commerces textiles, un peu à l’image du Marais. Les codes industriels ( verrières, structures métalliques…) se mélangent au style classique des immeubles avec beaucoup de style.

Bim : Décrivez-nous les impressions que vous avez eu lors de la découverte du lieu.
C&C : Contrairement aux cafés et brasseries parisiennes, ce lieu était principalement ouvert sur une immense cour intérieure et plus discret sur rue ce qui est déjà en soi une vraie originalité. Les volumes étaient très vastes mais pour moitié en sous sol et sans lumière. Il ne subsistait absolument plus rien d’origine à part un vieil escalier. Les sols et murs étaient enduits de Beton, le plafond floqué en mousse comme dans un supermarché et les ouvertures avaient été remplacées par des stores métalliques ou des huisseries de mauvaise qualité et sans style. La cour était un parking goudronné, aux murs partiellement aveugles et remplie de camionnettes. Cette coque vide nous a laissé la voie libre pour nos recherches, la grande cour s’imposant tout de suite comme le cœur du lieu, quant au sous sol, nous étions unanimes pour en faire un espace du soir, cosy et enveloppant.

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“Nous souhaitions retrouver des codes de l’Asie, réels ou fantasmés, mais implantés et remodelés dans un lieu très parisien.”

Bim : Où avez-vous puisé vos inspirations ? La documentation joue-t-elle un rôle important dans votre processus artistique ?
C&C : Nos inspirations sont assez diverses, nous avons une petite passion commune pour les vieilles demeures et leurs ambiances originales. Nous ne cherchons jamais la reconstitution historique ou nostalgique mais plutôt à évoquer des atmosphères que chacun ensuite peut interpréter à sa manière. Notre documentation se fait dans des livres, sur internet et avec nos propres photos prises depuis des années quotidiennement ou en voyage.

Bim : Plusieurs ambiances sont à découvrir. Quelle était votre vision de ces différents espaces ?
C&C : Nous avons cherché à donner une identité propre à chaque pièce, avec des zones plus cosy comme le petit salon ou le sous sol et des espaces plus ouverts et lumineux notamment sur cour et rue. L’extérieur a aussi été pensé de cette manière, avec une grande partie ouverte et ordonnée en terrasse parisienne et une autre plus champêtre avec une végétation englobante créant de petits espaces intimistes.

Bim : Velours, bois massif, ciment, etc. Expliquez-nous ce choix de matières.
C&C : Le velours et le bois sont des matériaux nobles et chaleureux qui nous ont permis d’amener du confort et de la couleur dans ces grands volumes. Nous avons aussi recouvert certains murs et plafonds de nattes tressées en bambou. Les carreaux ciment évoquaient pour nous ces anciennes demeures coloniales ouvertes sur l’extérieur. Ils permettent une vraie personnalisation des teintes et des motifs mais sans être précieux et correspondaient bien à notre ambiance côté cour. Nous avons utilisé les moquettes ou le plancher pour les zones plus feutrées et intimistes.

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“Nous ne cherchons jamais la reconstitution historique ou nostalgique mais plutôt à évoquer des atmosphères.”

Bim : Quels sont les détails que vous avez particulièrement voulu soigner ?
C&C : Il y en a beaucoup mais l’éclairage a été comme d’habitude un sujet important pour que les ambiances lumineuses s’adaptent bien à chaque zone et heure de la journée. Chaque espace du restaurant a aussi une hauteur d’assise différente correspondant à l’identité de la pièce et permettant un esprit plus ou moins décontracté avec un confort optimal.

Bim : Pourquoi cette utilisation de photos vintage ?
C&C : C’est un lot de photos anciennes qui appartenait à notre client, et qui convenait bien au lieu. Nous trouvions ces photos de familles Chinoises ou de groupes datant pour beaucoup d’avant la période communiste, très originales, elles nous rappelaient celles faites en France au début du 20e siècle dans les familles ou devant des commerces.

Bim : Comment voyez-vous vieillir ce lieu ?
C&C : On espère comme un endroit très convivial, où les gens auront leurs habitudes et aimeront prendre du bon temps à siroter un petit verre dans le jardin ou au coin du feu !

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Crédit Photos : Clémence et Clément

Albéric Davet
Rédacteur en chef de Bim Magazine