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A la découverte de la décoration du restaurant FOOD

Marie Steinberg est revenue avec nous sur l'histoire et le design de son nouveau restaurant !

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

FOOD a beau être le quatrième restaurant de Marie Steinberg, c’est avec la même passion qu’elle s’est lancée dans ce dernier projet. De “l’horrible boulangerie” qu’elle a racheté presque à l’aveugle au restaurant épuré et vivant actuel, un monde qu’elle a construit à l’expérience, à l’instinct et au goût. Avec nous, elle est revenue sur sa vie et ses restaurants, et nous a livré toutes les clés pour mieux comprendre l’histoire et la décoration de FOOD. Spoiler : tout découle d’une chaise !

Bim : Si vous deviez vous présenter en quelques mots…
Marie Steinberg. J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie, pas toujours des restaurants, même si FOOD est quand même mon quatrième. Jusqu’à présent, j’ouvrais un restaurant tous les 10 ans, mais ça ne durait pas 10 ans à chaque fois. C’est à dire qu’il me fallait à peu près 10 ans pour oublier à quel point, ça peut être emmerdant d’avoir un restaurant (Rire) ! Entre temps, j’ai été journaliste et antiquaire. Je vendais du mobilier des années 50/60 et quelques jeunes créateurs.

Bim : Un restaurant, c’est ce qui synthétise tout ce que vous aimez ?
M.S : Oui, j’adore la bouffe bien sûr. J’ai toujours aimé les bons vins aussi ! Dans ma vie, surtout durant la première partie de mon existence, j’ai beaucoup été dans les restaurants étoilés. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai fait des tours de France chez les plus grands chefs et restaurateurs. J’ai eu l’occasion d’y boire des très très grands vins. C’est dans un second temps que j’ai appris à connaitre et apprécier la bistronomie et les petits vins de vignerons.

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

Bim : Quel a été le déclic pour le premier restaurant ?
M.S : C’était comme une blague. J’étais en vacances et tous les soirs, je faisais des dîners avec entre 15 et 20 personnes. J’adorais recevoir et tout le monde me disait souvent “Marie, tu devrais ouvrir un restaurant”. Quand je suis rentré à Paris, j’ai été déjeuner avec l’une de mes meilleures amies dans un endroit où on avait nos habitudes. Ça s’appelait “Le petit Servandoni” près du Jardin du Luxembourg. Ce restaurant était à vendre et j’ai dit sur un coup de tête “Je l’achète”. C’était une autre époque et c’était un petit restaurant ! Je l’ai appelé tout simplement “Chez Marie”. Je ne voulais pas m’embêter à trouver un nom. Tout le monde allait finir par dire “On va dîner chez Marie” de toute façon. (Rire) En plus, je trouvais que ça faisait vieille maison. C’était drôle !

Pour moi, chaque restaurant, c’est toujours un concept de l’époque.

Bim : D’où vient l’idée derrière chaque restaurant ?
M.S : Pour moi, chaque restaurant, c’est toujours un concept de l’époque. C’est le goût de l’époque, ce que les gens aiment. Quand je dis les gens, ce sont ce que les parisiens et les personnes que je connais aiment, ce dont ils ont envie. Mes envies correspondent toujours un peu au goût de l’époque. Mon premier restaurant était un peu “nouvelle cuisine” assagie. Le deuxième qui s’appelait “Marie et fils” était plus “régressif”. C’était de la cuisine familiale. Il y avait par exemple un rosbif-purée avec un petit puit de sauce – que des choses qu’on aimait quand on était petit. Le troisième, c’était “Cru”. Encore une fois, c’était un concept de l’époque, voir en avance. Quand je l’ai lancé, c’était tout simplement ce que j’aimais. J’ai aussi senti que c’était ce que voulaient les gens à ce moment-là. Une cuisine, saine, fraîche et très légère mais qui faisait plaisir ! Je l’ai gardé 8 ou 9 ans et j’ai enchainé avec “FOOD” !

Bim : Parlez-nous de la naissance de ce dernier restaurant !
M.S : J’ai racheté cette ancienne boulangerie que j’ai entièrement transformé. Elle était horrible et toute petite mais derrière il y avait un énorme local. Il n’y avait pas d’électricité et j’ai vaguement vu avec la lumière de mon iPhone qu’il y avait possibilité d’abattre les cloisons. Dans le noir, j’ai imaginé ce qu’on pouvait en faire. C’est tout simplement comme ça que je l’ai acheté !

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

Bim : Comment se projette-t-on à ce moment-là ?
M.S : Il y a l’instinct et l’expérience. Ce n’est pas la première fois que je fais des travaux. J’adore ça. Il y a aussi un coup de bol ! Quand on a commencé à casser, y compris le sol, il y avait trois niveaux différents. Il a fallu creuser pour arriver à faire un seul niveau. On a retiré le plafond. On a enlevé toutes les couches – parce qu’il faut savoir que les gens ont tendance à recouvrir plutôt que d’enlever. Il faut toujours être curieux ! On est par exemple tombé sur ces superbes pierres et ces poutres qui doivent dater du 17ème. L’immeuble est très ancien et particulièrement beau et on a eu de très bonnes surprises comme ce puit de jour caché qui va devenir – dès qu’on aura l’autorisation – une verrière !

Tout part d’ailleurs de ces chaises ! Je les adore.

Bim : Quand vous disiez que vous sentiez les choses pour la cuisine, est-ce pareil pour le design ?
M.S : Oui, forcément ! Il y a des constantes dans mon goût. Les tons – un peu neutres. Ici, par exemple, c’est “mastic”. Il y a des constantes dans les chaises – des Friso Kramer. Tout part d’ailleurs de ces chaises ! Je les adore. Elles sont très confortables avec ce léger balancement, cette légère souplesse. Pour des chaises en bois, elles sont d’un confort incroyable. Et esthétiquement, je les trouve magnifiques. J’ai donc pris cette chaise et j’ai demandé au menuisier de me teinter le comptoir et les plateaux de table de la même couleur. Tout part de là, tout simplement !

Bim : Comment développe-t-on un restaurant autour d’une chaise ?
M.S : Première chose, je n’ai pas fait ça toute seule. J’ai travaillé avec une architecte talentueuse, Nina Safaïnia. Elle n’avait pas fait beaucoup de restaurants mais plutôt des maisons, des crèches, enfin de très belles choses mais peu de restaurants. Elle m’a aidé pour l’aspect technique mais pas que… On l’a fait ensemble ! L’idée de base, c’était avoir un comptoir mais c’est elle qui a eu l’idée de le mettre au milieu. Je n’y aurais pas pensé. Ça a été essentiel dans la création du lieu ! Je voulais qu’il ait des angles pour faciliter les conversations entre les gens. Ce comptoir en plein milieu, ça délimite l’espace, ça le coupe en trois parties : la première qui donne sur la rue avec les petites tables ; le comptoir au centre où un cuisinier prépare tout ce qui est cru ; et le troisième avec ses deux tables qui peuvent s’unir pour faire une grande table d’hôtes sous ce qui sera bientôt une verrière.

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

Bim : Quels sont les autres petits détails importants dans ce lieu ?
M.S : La structure a été très pensée mais les petites choses qu’on rajoute… parfois c’est le hasard, d’autres fois des accidents. Je voulais un sol en béton ciré – kaki ou un peu marron foncé. Je n’ai pas trouvé la bonne couleur et on m’a montré cette crème mastic qui va avec la couleur des murs. Ça a tout changé ! Quand les contraintes apportent quelque chose, c’est intéressant !

Tout peut encore changer. Un lieu n’est jamais figé.

Bim : D’où viennent les petits miroirs / bougies ?
M.S : Je suis tombé dessus par hasard chez Caravane, une boutique que j’adore mais qui est toujours très chère. J’ai flashé dessus et je les ai tous achetés. Je ne savais pas vraiment ce que j’allais en faire mais je les voulais. Du coup, j’ai fait une composition qui sert aussi de lumière. C’est difficile les lumières… FOOD est encore en devenir. Tout peut encore changer. Un lieu n’est jamais figé. Ce qui est amusant, c’est de trouver autre chose, de changer.

Bim : Jusqu’à quand ça reste amusant ?
M.S : Quand je ne m’amuse plus, je revends (Rire).

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

Bim : Quelle est la place de l’art dans le restaurant ?
M.S : Ça fait partie du concept. J’ai des associés qui sont des artistes. Un qui est – accessoirement mon fils – mais qui est historien d’art et “curateur” spécialisé dans l’art contemporain. Il m’aide pour tout le coté artistique, le choix des photos. Il va y avoir sans arrêt des expositions qui vont se renouveler. Les photos vont être utilisées comme des affiches. Quand on aura en assez, on les recouvrira. Ça changera quand on en aura envie !

FOOD est encore en devenir… Tous les jours, je rapporte des petits trucs.

Bim : Quel est le plus gratifiant dans le fait de faire son restaurant ?
M.S : C’est vrai que c’est toujours agréable quand les gens font des compliments sur la déco. Les plats, c’est le chef – même si c’est moi qui l’ai engagé. C’est gratifiant mais sur la déco, c’est vraiment moi ! Ça me touche, ça me fait plaisir. FOOD est encore en devenir… Tous les jours, je rapporte des petits trucs. J’ai plein d’idées !

Bim : Vos meilleurs conseils pour une décoration réussie ?
M.S : Faire un truc qui vous ressemble, pas faire ce que vous voyez dans les magazines.

La décoration du restaurant FOOD décryptée par sa propriétaire

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Crédit Photo : Thomas Bosc

Albéric Davet
Rédacteur en chef de Bim Magazine